Le datajournalisme, c’est l’inverse du vélo…. (bilan d’une formation à Nice-Matin)

by JeanAbbiateci on juillet 20, 2013

J’ai animé cette année plusieurs formations au journalisme de données (Le Parisien, Le Progrès, 60 millions de consommateurs, La Gazette des communes, Arte…). Toujours avec un grand plaisir.

Mais le problème, c’est que le journalisme de données, c’est un peu l’inverse du vélo : si on ne pratique pas, ça s’oublie très vite !

Montrer sur un rétroprojecteur tous les projets magnifiques du New York Times, c’est très bien… Mais si à l’issue de la formation, les stagiaires sont incapables de réaliser eux-même des cartes ou des applications en conditions réelles  (c’est à dire dans l’urgence et sans gentil formateur qui vous explique pourquoi ce p… de tableau Excel ne veut pas se charger dans Fusion Tables !!), c’est raté !

C’est à mon avis tout le boulot d’un formateur. 1. Donner envie. 2 : Donner les moyens de travailler de manière autonome.

Les freins existants

D’après ce que j’ai pu observer, les freins à la mise en application en conditions réelles des compétences acquises sont les suivants :

- l’inintérêt (assez rare) des journalistes et des rédacteurs en chefs pour ce genre de démarche. En gros : « C’était chouette, mais non, on fera pas ça ! »

- le manque d’agilité numérique des journalistes (assez fort). Quand on doit expliquer à des journalistes qui ne savent pas gérer les onglets dans leurs navigateurs comment scraper (aspirer) des bases de données, c’est un brin compliqué quand même…

- les contraintes techniques (fort). Beaucoup de médias possèdent encore des CMS qui font peur. Il est souvent impossible d’embarquer un bout de code, de basculer en pleine page, d’y glisser un petit de javascript.. Et ça c’est dans le meilleur des cas, quand le journaliste a accès au CMS.

- l’absence de vision de la rédaction en chef (moyen), qui veut faire « du datajournalisme » parce c’est à la mode sans savoir ce que cela recouvre (dans ce cas, vous pouvez aller lire ça…).

- la capacité à mobiliser des compétences techniques et éditoriales (fort). Dans certains médias, la logique de silo est tellement présente (les journalistes pour le contenu, les développeurs pour le contenant) que le fait de mobiliser le temps de quelques heures un journaliste et un développeur sur la conception d’un projet est inimaginable. L’organisation aussi des emplois du temps (journée en décalage, agenda des congés payés…) n’aide pas à ce travail en mode projet..

Donc, quand après une formation, les journalistes arrivent à lever tous ces freins et à réaliser des projets  de datajournalisme dans leur médias, c’est assez stimulant…

C’est le cas par exemple à la Gazette des Communes (un média déjà très avancée dans cette démarche) ou certains journalistes data-compatibles de PQR (comme au Parisien.fr par exemple).

Mais je voulais revenir dans ce post de blog sur une formation de 4 jours que j’ai animé cette semaine pour les équipes de Nice-Matin, Var-Matin et Corse-Matin. Qui justement, dans la façon dont elle s’est organisée en amont, a été pour moi un bon exemple de formation « utile » et transposable dans le quotidien de la rédaction.

Pourquoi ?

- Les stagiaires étaient d’abord demandeurs. C’était certes des « gens du web », plutôt dégourdis sur les outils, mais c’étaient avant tout de bons journalistes locaux, capables d’évaluer des sources et jauger l’intérêt ou non d’un sujet.

- Les chefs étaient impliqués. Sur un groupe de 9 stagiaires, les deux rédacteurs en chef (@FlavienP et @Nataorvoen) étaient présents. Et n’ont pas hésité à mettre les mains dans le cambouis et dans les formules Excel. C’est suffisamment rare pour être noté.

- La présence de deux développeurs dans la formation. Cela a permis, de manière très simple, d’aller un peu loin dans la finition des cartes et des infographies.

- Enfin, une durée de formation longue, 4 jours, et donc très confortable. Cela permet sur 3 jours d’acquérir un socle de compétences de base : chercher les bases de données, les récupérer (un peu de scraping), les travailler dans Excel (tri/filtre, fonctions de base et tableau croisé dynamique), les mettre en scène (sous forme de graphiques ou de cartographies).

En mode Hackathon

Avec ce bagage, le dernier jour peut se faire en mode Hackathon. Comment ça marche ? Les stagiaires travaillent par équipe toute la journée avec l’objectif de réaliser un projet en conditions réelles.

Cette dernière journée est à mon avis indispensable, parce qu’elle permet de faciliter cette transition entre le cadre « douillet » d’une formation (on a du temps et un formateur à dispo) vers la réalité moins inconfortable du quotidien.

Voici donc pour finir deux petits projets réalisés dans le cadre de cette formation, deux cartes.

La carte des réserves parlementaires dans le Var (publiée dans Var Matin le 19 juillet) - Cliquez sur l’image pour accéder à la carte






Auteur : Damien Allemand

Une carte des résidences secondaires et vacants en Corse - Cliquez sur l’image pour accéder à la carte

 

 

 

Auteur : Nicolas Wallon

 

Un commentaire

Et donc si je te suis bien, dans les formations initiales, il n’y a pas de formation au datajournalisme qui vaille sans développeur pour l’accompagner :-)

by Laure Colmant on 22 juillet 2013 at 11 h 35 min. Répondre #

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