2 jours de « bricolage transmédia » à l’IUT de Lannion (partie 1)

by JeanAbbiateci on novembre 22, 2013

Ce qui est intéressant quand on est enseignant en école de journalisme (à l’IUT de Journalisme de Lannion dans mon cas), c’est qu’on est très vite en prise directe avec les interrogations de ses étudiants face au choix de leur spécialisation future (pour rappel, à peu près toutes les écoles de journalisme sont organisées de la même manière, en silo, autour de spécialisations).

Vers quel média m’orienter ? Radio ? Télé ? Presse écrite ? Web ? Laquelle de ces spécialités me permettra de décrocher le jackpot du CDD à la sortie de l’école ? Laquelle m’enverra directement à la case Pôle Emploi sans toucher d’indémnités chômage ? Laquelle m’ouvrira les portes du reportage à l’étranger ou du documentaire radio ? Laquelle me visera de force devant un écran pour bâtonner des dépêches 8 heures par jour ?

Les hésitations de ces futurs professionnels, conscients d’arriver dans un marché du travail pas folichon, sont bien évidemment légitimes.

S’aventurer sur les passerelles entre médias

A ceux qui me demandent conseil, j’essaye de leur expliquer que :

1. certes, c’est un choix important (et j’en profite pour faire quand même un peu de racolage pour la filière web dont je suis responsable).

2. que ce choix-là ne les conditionnera pas à vie. S’ils choississent la « Spé » radio, ils ne signent pas non plus un pacte leur interdisant à vie de faire une pige dans un magazine ou de réaliser un documentaire télé. Et j’insiste aussi sur le fait que la formation, ça se passe certes à l’école de journalisme, mais surtout tout au long de la vie professionnelle.

3. Que dans un monde de convergence des médias (pour le meilleur ou le pire), les passerelles entre les médias vont être de plus en plus nombreuses…. et que l’avenir sourira aussi à ceux qui sauront et auront l’envie de s’aventurer sur ces passerelles...

[aparté]

Alors, je vois venir les critiques… Oui, le journaliste shiva, polyvalent, qui doit tout faire et mal faire, bon mon monsieur, c’est quoi ce bazar, Beuve-Mery doit se retourner dans sa tombe…

Alors.. A titre personnel, je ne crois pas au journalisme « multi-supports », couteau-suisse de l’info qui dégaine à la fois son iPhone, sa caméra et son carnet de notes… Je crois même que la maitrise « pointue » d’un média, de ses codes, de sa grammaire et de son histoire est profondément indispensable.

Mais je crois également en une certaine forme de polyvalence. Elle n’a rien de très nouveau. N’importe quel correspondant aujourd’hui à l’étranger, va, pour remplir le frigo, bosser pour RFI, France 24 et faire quelques piges à Libé.

Enfin, je crois surtout aux passerelles existantes et à l’hybridation entre les médias, du moment qu’on fasse des choix éditoriaux (et si possible les bons) et qu’on comprenne les spécificités, en terme de rythme, de public, de réception de l’info, de chaque média.

[fin de l'aparté]

Bref, c’est dans ce but que j’ai expérimenté cette année la mise en place deux ateliers transmédia à l’IUT de Lannion auprès des étudiants en licence. Ils se sont déroulés la semaine dernière (et j’ai pris un peu de retard pour rédiger cette note de blog).

L’objectif pédagogique était donc de décloisonner pendant quelques heures les étudiants de leurs spécialités respectives, et de les mettre dans une posture d’expérimentation éditoriale. Tout un programme !

En voici, pour ceux que cela intéresse, le déroulement de ces deux ateliers.

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JOUR 1. Inventer le pilote d’une émission de radio « augmentée » (Thomas Baumgardner)

Le premier atelier, intitulé « Web + Radio » avait pour objectif de faire réfléchir les étudiants sur les complémentarités entre les deux médias.
C’est Thomas Baumgarder (@thbaumg sur Twitter), producteur multi-cartes à Radio France  qui a eu fait le (long) voyage jusqu’à Lannion pour animer cet atelier.

La mission du jour pour les étudiants : imaginer le pilote d’une émission de radio « connectée », « augmentée » qui combine une émission de radio classique associée aux logiques de diffusion de l’information sur le web (réseaux sociaux, mobilité, live…)

Thomas a commencé par expliquer aux étudiants comment il avait imaginé et « écrit » son émission estivale transmédia « Antibuzz » diffusée l’an dernier sur France Inter (voir son post sur le blog des Nouveaux Médias de Radio France), émission qui justement était un exemple intéressant d’hybridation web + radio.

Puis les rôles ont été renversés et les étudiants ont eu l’après-midi pour plancher sur leur pilote d’émission transmédia.

L’exercice n’avait rien d’évident : les étudiants devaient d’un côté « ouvrir leurs chakras et secouer leurs neurones » pour faire preuve d’imagination et d’inventivité. Mais aussi être rigoureux et ne pas oublier les contraintes et les règles d’une production radio, ce que Thomas n’a pas manqué de leur rappeler très régulièrement (horaire de diffusion, format, public…).

Pour corser encore un peu + les choses, nous avions choisi de donner aux étudiants trois contraintes fortes. Chaque groupe devait tirer au sort sur des petits papiers :

- Un format : micro-trottoir, reportage, entretien, portrait, émission de sport
- Un outil ou une notion technique : Instagram, géolocalisation, micro-blogging, mobile, live, contributif
- Un public : enfants, ados, jeunes actifs, parents et séniors

Voici les combinaisons tirées au sort et les idées des étudiants présentées à la fin de l’atelier.

SPORT + CONTRIBUTIF + PARENTS  = Une émission de jogging connectée

L’équipe 1 a imaginé une émission de jogging connectée et participative, en direct tous les dimanches matin, autour des questions de santé et de bien-être. Partie au début sur une idée un peu foutraque où le journaliste joggeur serait lui-même un émetteur radio dans un rayon de quelques centaines de mètres autour de lui, l’équipe s’est recentrée, pour des raisons de cohérences éditoriales, sur un format transmédia plus classique.

REPORTAGE + MOBILITÉ + ADOS = Un reportage décentralisée dans différents lycées et coproduite par des lycéens

L’équipe 2 a planché sur une émission de reportage coproduite par les lycéens. Pour faire remonter une parole lycéenne parfois difficile à collecter, les étudiantes ont imaginé un système de micros ouverts installés dans différents lycées, pour faire remonter du témoignage (les journalistes jouant alors un rôle d’encadrants). Ce témoignage brut serait ensuite monté pour fabriquer l’émission finale diffusée à la radio. Le téléphone portable, outil de communication numéro des ados, a bien sûr évoqué dans ce dispositif (pour la collecte de témoignage notamment), mais faute de temps, son rôle précis dans le dispositif transmédia n’a pas pu être clairement tranché.

ENTRETIEN + GÉOLOCALISATON + JEUNES ACTIFS = Une pause déjeuner participative sur le monde du travail

Pour évoquer des questions sociales de fond sur le monde du travail (burn-out, management..), l’équipe 3 a imaginé une émission qui prendrait la forme pause déjeuner participative (sur le parvis de la Défense pour l’émission pilote) où seraient invités auditeurs et journalistes. L’idée était d’instaurer un cadre détendu et horizontal entre journalistes et auditeurs, pour une plus grande proximité. Les autres auditeurs pourraient également contribuer au sujet de l’émission, notamment grâce à une carte participative.

MICRO-TROTTOIR + LIVE + SENIORS = le portrait « crowdsourcé » d’une personnalité locale

Pour une émission de radio locale, l’équipe 4 a proposé le concept d’une émission de radio autour d’une personnalité locale. Le portrait de la personnalité se constituerait un peu comme un puzzle en faisant remonter grâce à la capilarité des réseaux sociaux, des informations liées à cette personnalité locale (témoignage, sons, photos…).

Les enseignements de cet atelier : j’avais un peu peur que les étudiants soient un peu bloqués par cet exercice inédit ; et j’ai été au contraire assez bluffé par leur capacité de penser hors du cadre. C’est davantage dans l’articulation d’un propos (qu’est-ce que je veux raconter) et d’une mécanique (comment je la raconte, avec quels outils et pourquoi) que les écueils ont été il me semble le plus nombreux.

(la suite dans quelques heures avec l’atelier jeu vidéo, le temps de finir d’écrire le papier, pfou… c’est fatiguant un blog)

 

 

 

 

Crédit Photo CC Flickr CubaGallery

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